Découverte et authentification d’un buste de Diane par Jean-Antoine Houdon, œuvre spoliée durant la Seconde Guerre mondiale
par Valérie Roger, historienne de l’art, spécialiste de Jean Antoine Houdon, dans le cadre d’une expertise réalisée pour la maison de vente Im Kinsky (Vienne, mai 2015)
L’oeuvre spoliée retrouve aujourd’hui son écrin originel, le Palais royal Lazienki à Varsovie.
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Entretien : Artsixmic, enquête sur une Diane
Photo Valérie Roger
Il manquait au répertoire des « Dianes » du sculpteur Jean-Antoine Houdon le buste en marbre provenant de l’ancienne collection du roi Stanislas II Poniatowski.
L’œuvre réapparaît au printemps 2015. Son propriétaire l’avait confiée à une maison de vente autrichienne (Im Kinsky), sans en connaître l’origine. J’ai alors été sollicitée pour en réaliser l’expertise.
La qualité et la spécificité du buste, associées aux résultats de mes recherches, m’ont permis d’en attribuer la paternité à Houdon et de reconnaître en cette œuvre celle provenant de la collection Poniatowski, spoliée par les Allemands en 1940, et depuis considérée comme disparue.
L’identification et l’attribution ont été rendues possibles grâce aux caractéristiques techniques propres au travail du sculpteur, aux recoupements historiques, ainsi qu’à la présence de la double signature, mentionnée dans la littérature. Le buste est signé à la fois sur la tranche du bras droit en caractères cursifs « houdon, 1780 » et sur la courroie du baudrier « A. Houdon, F. AN. 1777 ». Cette double signature correspondant vraisemblablement à la date d’exécution et à celle de la vente de l’œuvre.
Dès 1919, W. Tatarkiewicz, dans son étude consacrée aux collections du dernier roi de Pologne, Stanislas II Auguste Poniatowski, mentionnait une œuvre similaire.
Après vérification dans les archives polonaises, j’ai acquis la conviction que l’œuvre présentée en Autriche était bien celle qui figurait autrefois dans la collection de peintures et sculptures du souverain.
Stanislas Lorentz, directeur du musée national de Varsovie de 1936 à 1982, rappelait que le buste, enlevé par les Russes en 1915, avait été restitué à la Pologne en 1921 et exposé au pavillon des Bains (Łazienki), « avant d’être pillé par les Allemands en 1940 ».
Nous savons que Stanislas II acquit plusieurs œuvres du sculpteur français, à l’instar des grands souverains européens de son temps, tels Frédéric II de Prusse, Catherine II de Russie ou encore George Washington. Tous reconnaissaient le talent exceptionnel de Houdon, capable de restituer dans la terre, le plâtre ou le marbre la vitalité de ses modèles.
Appelé par les grandes personnalités de son époque à réaliser leurs portraits — monarques éclairés, aristocrates, révolutionnaires, philosophes et artistes — Houdon a laissé une galerie inégalée, témoignant des visages de l’Ancien Régime à l’Empire.
Le buste de Diane acquis par Stanislas II s’inscrit dans un registre mythologique.
Avant cette version, Houdon avait réalisé une Diane « grandeur nature », dont un exemplaire en marbre rejoignit les collections de Catherine II de Russie.
Altière, audacieuse dans sa nudité, d’une grande prouesse technique, cette figure incarne une forme de liberté qui continue de fasciner les visiteurs, à l’image des exemplaires grandeur nature conservés au Louvre, à la Calouste Gulbenkian Foundation, à la Huntington ou à la Frick Collection.
Je me réjouis d’avoir pu identifier cette oeuvre longtemps disparue et de la voir aujourd’hui retrouver le lieu de sa destination première.


